Vieillir et mourir chez soi

, par  Claude Fages

Objectif : Faire réfléchir sur notre vieillissement pour éventuellement prendre des décisions.
Comment prévenir le fait que chacun d’entre nous, tôt ou tard, seul ou en couple, allons être confronté à la diminution voire à la perte de nos capacités physiques et éventuellement psychiques et intellectuelles … ? et plus particulièrement comment anticiper en ce qui concerne la question de l’habitat ?

Introduction

Si nous regardons en arrière, nous constatons qu’aux différentes périodes de notre vie, nous avons changé de logement : enfants, nous étions, pour la plupart, chez nos parents, puis nous avons été soit dans un foyer de jeunes travailleurs, dans une résidence universitaire, ou un studio. Quand nous avons été en couple, nous nous sommes installés dans un T2, un T3 puis lorsque nous avons eu des enfants nous avons pris un logement plus grand, acheté quand c’était possible un appartement, une maison…

Qu’en est-il de notre habitat alors que nous sommes dans la dernière partie de notre vie, alors que nous restons deux ou seul dans un grand appartement ou une maison trop vaste, difficile à entretenir ou avec un loyer trop important ? Avec une baignoire dans laquelle bientôt nous ne pourrons plus entrer ? Avec deux étages à monter sans ascenseur ?

Ne faut-il pas anticiper et essayer de prévoir suffisamment à l’avance des conditions d’habitat qui nous permettront de rester le plus longtemps possible à domicile ?

C’est un exercice difficile et nous avons souvent tendance à remettre à plus tard : « on verra bien ! »

Le problème c’est qu’il y a un âge où c’est trop tard.

Avant de poursuivre, je tiens à clarifier quelques mots que nous employons et essayer d’en donner des définitions.

Quelques définitions

De qui nous parlons ?
• La vieillesse  : de 60 ans à 100 ans, il y a le même nombre d’années qu’entre 20 et 60 ans.
De même qu’il y a une différence énorme ente un jeune de 20 ans et une personne de 60 ans, elle est importante entre un jeune retraité de 60 ans et une personne de 100 ans.

La vieillesse n’est pas seulement une question d’âges même si gériatres et gérontologues sont d’accord pour reconnaître qu’aujourd’hui, les difficultés liés à l’âge apparaissent plutôt entre 80 et 85 ans.
Pour ne pas être piégé par cette question de l’âge il existe un concept qui est celui de : « personne âgée en situation de fragilité ».
Ainsi le travailleur émigré qui a travaillé toute sa vie durement dans le bâtiment et qui vivait dans des conditions précaires, est souvent « une personne âgée en situation de fragilité » entre 60 ans et 70 ans… alors que le prof de fac a encore bon pied, bon Å“il à 90 ans.

Qu’est ce qui caractérise la grande vieillesse ? Je retiendrai trois facteurs :

- Le cumul de problèmes de santé (poly-pathologies)
- L’entrée en dépendance : c’est-à-dire la perte de moyens physiques, voir intellectuels ; ce qui a comme conséquence de ne plus pouvoir se débrouiller seul pour les actes de la vie quotidienne. (on ne peut plus faire son ménage, on ne peut plus s’habiller tout seul, et encore moins se laver, on ne peut plus manger tout seul, on ne peut plus rester seul…)
- L’isolement : la perte de lien avec les autres avec l’apparition d’un sentiment d’inutilité.

Ce sont bien ces trois facteurs qu’il va falloir prendre en compte pour pouvoir vivre à domicile le plus longtemps possible.

• L’Autonomie  : le plus souvent quand on parle de « perte d’autonomie » on fait allusion à une perte de capacités physiques. Or étymologiquement, l’autonomie, c’est la capacité de pouvoir choisir, de rester maître de son destin.
On peut être dépendant physiquement (sur un fauteuil roulant) et être autonome c’est-à-dire faire ses choix de vie (par exemple choisir de rester chez soi plutôt que d’aller en établissement).
Mais attention les possibilités de choix vont dépendre de plusieurs facteurs (présence de la famille, moyens financiers) et plus particulièrement de notre environnement « spatial ». Si nous habitons un appartement au quatrième étage sans ascenseur et que nous ne pouvons plus nous déplacer, notre capacité de choisir, notre autonomie, vont être limitées.

De quoi parlons-nous ?

- Le domicile  : lieu d’intimité-Port d’attache-Base sécurisante (le contraire de « sans domicile »).
En gérontologie on oppose le domicile à l’entrée en établissement.
- Le logement : C’est l’appartement, c’est la maison avec ses caractéristiques architecturales, son agencement, son équipement. (de plein pied, en duplex, avec un couloir étroit,, des chambres toutes petites …)
- L’Habitat : c’est l’ensemble des conditions d’habitation, de logement ; c’est un mode d’organisation et de peuplement par l’homme du milieu où il vit (habitat rural, habitat urbain, habitat regroupé) (Définition du Petit Robert)

En ce qui me concerne sous ce terme d’habitat je retiens quatre critères :
- Accessibilité
-  Adaptation du logement
- Services existants à proximité (commerces, services publics, services médicaux sociaux)
- Possibilité de rester en lien avec le monde (être en lien, avoir une utilité sociale)

QUE FAIRE ?

Il faut anticiper si l’on souhaite pouvoir exercer son autonomie le plus longtemps possible (c’est-à-dire choisir l’endroit où l’on désire vieillir et même mourir)

• Analyser sa situation :
Il convient de vérifier, que le moment venu, on pourra vivre confortablement et en sécurité dans son logement.
Il faut donc regarder son habitat avec un autre Å“il :

- Est-ce que mon logement est accessible ? Est-ce que si j’ai des difficultés pour marcher, pour monter des escaliers, si je suis essoufflé je pourrai encore » aller et venir » ? (problème d’immeuble sans ascenseur, volée de marches à l’entrée d’un immeuble, appartement en duplex, villa des années 70 avec la partie habitat en étage...)
- Est-ce que mon logement est adapté, fonctionnel ?
. Si je perds en souplesse pourrais je toujours entrer dans ma baignoire ? Ne faudrait-il pas la remplacer par une douche ?
. Est-ce la chambre est suffisamment grande pour y installer un lit médicalisé ?

Tous âges confondus, les chutes constituaient en 2006 la première cause de décès par accident de la vie courante, les trois quarts survenant chez les 75 ans et plus.

- Si je ne peux plus conduire, ne suis-je pas trop éloigné des commerces, des services ?
- Est-ce que mon système de chauffage est adapté ? (chauffage au bois demandant beaucoup de manipulation)
- Y a t-il dans mon secteur des cabinets d’infirmiers ? Des services d’auxiliaires de vie ?
- Si je me retrouve veuve ; est ce que je n’aurai pas peur de me retrouver dans un grand appartement, ou une grande maison ?
- Est-ce que je peux compter sur mes enfants, sur mes amis en cas de besoin ?
Eh bien d’autres questions propres à chacun.

L’enjeu d’anticiper c’est de ne pas être obligé de prendre des décisions dans l’urgence.
Quand on est obligé de trouver une solution en urgence le plus souvent les choix sont limités et contraints. (Situation, qui dans certains cas, contraint la personne à entrer en établissement de façon prématurée)

Prendre des décisions

Adapter son logement :
Bien évidemment la situation est différente selon que l’on est locataire ou propriétaire.
Dans ces deux cas on peut faire appel à un ergothérapeute qui peut faire un diagnostic de votre logement et vous conseiller pour apporter les aménagements nécessaires : rendre un étage accessible, agrandir une chambre, aménager une salle de bain mais quelques fois il suffit d’aménagement simple et peu coûteux pour être plus en sécurité (barre d’appui bien placée)
Si on est locataire il faut demander l’autorisation de faire des travaux à son bailleur (qu’il soit privé ou public)
Il existe des possibilités de prise en charge par la CRAM, pour les bénéficiaires de l’APA, par la MSA, par certaines caisses de retraite complémentaires… (Se renseigner auprès d’organisme spécialisé comme le PACT)

Déménager :
Si les adaptations de logement ne sont pas possibles, (coûts trop importants, impossibilité technique, refus du bailleur) si on se retrouve « loin de tout », il est raisonnable d’envisager l’installation dans un nouveau logement qui permettra de rester dans son « chez soi » le plus longtemps possible.

« Ne devrais-je pas me rapprocher de mes enfants ? De mes amis ? Du village ? Du centre ville ? »

Il y a de plus en plus de programmes de constructions neuves (que ce soit dans le public ou dans le privé) qui prennent en compte les notions d’accessibilité, d’adaptation de logements pour les personnes dépendantes (que ce soit du fait de l’âge ou du handicap). Les constructeurs ont le souci de plus en plus souvent, de ne pas construire des ghettos de vieux mais de veiller à ce que l’habitat soit intergénérationnel.

Ce qui freine souvent le déménagement, outre la résistance au changement, c’est :
pour les locataires d’avoir à payer un loyer plus cher,
pour tous de se retrouver dans une surface plus petite ne permettant pas de garder son mobilier (témoin de son histoire passée) et ne permettant plus de recevoir ses enfants, petits enfants (même s’ils ne viennent qu’une fois par an !)
Il faut savoir qu’un déménagement est moins difficile et traumatisant entre 70 et 80 ans qu’après 80 ans.

Co habiter :

Cette cohabitation peut prendre plusieurs formes.

- Accueillir chez soi une personne et notamment un jeune. Il existe en Isère un dispositif, le DIGI (Dispositif Inter Génération de l’Isère) qui vise à proposer à un jeune étudiant de loger quasiment gratuitement chez une personne âgée. Ce système rend service à des jeunes qui ont souvent des difficultés à faire face aux frais de location et à la personne âgée de bénéficier d’une présence régulière et sécurisante.
Il y a souvent beaucoup de réticence pour une personne âgée à introduire « un étranger » dans son intimité.

- Se regrouper à plusieurs pour louer ou acheter des logements sur la base d’une mutualisation d’espace, de services, en inter génération ou non, dans le cadre d’une vie plus ou moins « communautaire », choisie.
Il n’est pas étonnant que ce concept se développe puisqu’il avait eu des adeptes, dans les années 1970, de l’habitat auto géré : les soixante huitards ont vieilli !
La réalisation la plus connue est la Maison des babayagas à Montreuil, femmes qui se sont regroupées pour prendre en charge de façon collective leur vieillissement.
En Isère il y a plusieurs groupes qui existent et réfléchissent à ce type de solution. Il y a notamment une association « les HabILes », qui essaie de développer ce mode alternatif.

Rejoindre des résidences « spécialisées » :
Une solution peut constituer à quitter son appartement, sa maison pour aller habiter dans un foyer logement ou dans une résidence senior.
Les logements foyers (rebaptisé EHPA ! Etablissement pour Personnes Âgées) existent depuis longtemps et un peu partout. Leur inconvénient c’est que la réglementation ne leur permet pas de garder les personnes trop dépendantes ; celles-ci sont alors obligées d’aller en EHPAD (Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes).
Les résidences seniors fleurissent un peu partout mais non accessibles à toutes les bourses.
L’avantage de ces structures est de permettre à la personne d’être chez elle tout en bénéficiant si elle le souhaite de services (restauration, lingerie, animation…)

QUE FAIRE COLLECTIVEMENT ?

Le vieillissement de la population est une réalité.
Il semble qu’il y ait la même difficulté au niveau de la société à prendre en compte cet état de fait, que cela l’est individuellement.
Il y a un déni de ce phénomène qui nous empêche personnellement et collectivement de prendre à temps les bonnes décisions.
Sensibiliser :
Nous avons une responsabilité d’interpeller les collectivités locales, les pouvoirs politiques, les aménageurs urbains, les architectes, les bailleurs publics, les opérateurs immobiliers, sur la nécessité de prendre en considération le vieillissement inéluctable de la population européenne.

Inventer des solutions nouvelles :
Avoir une approche moins individuelle des personnes âgées mais plus collective en essayant de mutualiser des services de proximité. (Dispositif les Vignes)

Utiliser les nouvelles technologies pour sécuriser les biens et les personnes et surtout leur permettre de briser leur isolement

Il s’agit d’un problème de société !
La question va être d’autant plus complexe à traiter que l’on va vers une paupérisation de cette tranche d’âge. (Arrivée de la génération RMI dans le champ de la vieillesse : les personnes vont cumuler des difficultés sociales avec des problèmes de dépendance).

Le challenge est immense.

L’enjeu est sociétal : comment demain va t on vivre ensemble

QUELQUES ADRESSES

Le PACT :
54 cours Jean Jaurès
GRENOBLE
04 76 47 82 45
HABITAT ET DEVELOPEMENT

Le Centre de Prévention des Alpes :
3 Place de Metz
GRENOBLE
04 76 03 24 95

Les Centres Communaux d’Action Sociale
CCAS de GRENOBLE : pour tous renseignements sur le vieillissement : 04 76 69 45 45

Les Bailleurs sociaux

Quelques chiffres :

En 2000 la population comptait 12 millions de personnes de plus de 60 ans

En 2050 elles seront 24 millions

A cette date plus d’un français sur trois aura plus de 60 ans.
L’effectif des plus de 75 ans triplera et passera de 4,2 à 11,6 millions
Celui des plus de 85 ans quadruplera passant de 1,3 à 4,8 millions.
Il y aura en France, 150000 centenaires contre 13000 aujourd’hui.

Jusqu’à 85 ans 9 personnes sur 10 vivent à domicile

Parmi les 85-90 ans 80% vivent à domicile et 64% parmi les 90 ans et plus

Taux de propriétaires pour la tranche 65-69 ans : 76% en 2000

70% des ménages dont la personne de référence est âgée de 80 ans et plus vivent dans un logement qui est la propriété du ménage.

LES ADAPTATIONS :

Une chambre suffisamment grande : 13 m2 minimum (installation d’un lit médicalisé, rotation d’un fauteuil roulant)
Portes suffisamment large pour permettre le passage d’un fauteuil roulant ou d’un lit médicalisé
Volets électriques
Balisage lumineux qui se déclenche automatiquement quand la personne se lève (prévention des chutes)
Eclairage automatique pour toilettes et salle de bains
Douche à l’italienne
Mitigeurs thermostatiques
Possibilité d’installer un siège dans la douche
Barres d’appui
Sol étanche et anti dérapant même mouillé
Prises et interrupteurs à bonne hauteur

LES SERVICES :

Soins infirmiers
Auxiliaires de Vie Sociale
Portage de repas à domicile
Télé alarme
Visites à domicile

EXPERIENCES :

CHAMBERY : Maison Mosaïque
Les résidents gèrent eux-mêmes des petits complexes mêlant des habitants, des services ainsi que des animations.

MULHOUSE HABITAT :
Le concept d’immeuble « inter génération » réunit sur chaque palier trois générations de la même famille.

SAINT APPOLINAIRE : résidence génération.

CCAS, OPAC, FEDOSAD ont développé un concept de vivre ensemble. 76 logements, structure d’accueil petite enfance, une ludothèque, deux unités de vie pour personnes âgées dépendantes, une maison des parents et une salle des fêtes. Une charte : « Bonjour voisin »

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